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Luce, 18 ans, vient de rentrer d’une année de césure passée à l’étranger. Si cette expérience a été interrompue par la crise du Covid-19, l’étudiante a malgré tout vécu une très belle aventure. Interview…

Pourquoi as-tu décidé de partir à l’étranger ? Quel était ton objectif ?

Depuis quelques années, je projetais de partir à l’étranger, après mon bac, dans des pays où on parle anglais. Mon projet d’études universitaires était d’aller faire des études en Angleterre pendant trois ou quatre ans, avant d’entamer un Master en France. Je voulais perfectionner mon anglais , mais surtout être plus à l’aise avec cette langue. Je me suis donc renseignée sur les différents programmes à l’étranger. Je ne voulais pas m’inscrire dans une école, mais préférais plutôt m’engager dans des actions. Comme j’ai la chance d’avoir déjà voyagé, je cherchais de programmes assez insolites…

Ceux que j’ai trouvés me permettaient de faire du volontariat. J’ai choisi des programmes où on est investi dans la préservation de l’environnement et le social… Ils m’ont permis de vivre des challenges personnels, de me confronter à des domaines que je ne connaissais pas du tout et d’évoluer beaucoup sur le plan personnel.

Tu es partie dans quels pays ? Pour faire quoi exactement ?

Je suis partie un mois en Afrique du Sud pour vivre dans un parc naturel, une réserve animalière naturelle, The Balule Reserve à Kruger Park et pour participer à un programme de recherche sur les animaux sauvages. J’ai pu voir des choses extraordinaires. J’ai beaucoup appris sur les animaux et sur la recherche. Je me suis aussi fait de très bons amis. Ensuite je suis partie deux mois en Inde pour faire du bénévolat à Goa dans le cadre du programme The Green Lion.  Nous nous occupions d’enfants très jeunes, qui venaient des familles en grande difficulté. On devait leur apprendre des gestes basiques d’hygiènes et les aider à apprendre l’anglais. Je me suis beaucoup attachée à ces enfants. J’espère retourner les revoir bientôt. Après huit semaines en Inde, j’ai poursuivi mes voyages et suis partie au Nord du Canada dans un endroit étonnant, situé à la frontière de l’Alaska. Je vivais dans un ranch, appellé The Artic Chalet.  Nous devions nous occuper des chiens musher, les soigner, les nourrir, les faire courir… Mais ce n’était pas tout. On devait aussi travailler dans l’auberge où les touristes venaient découvrir les courses de chiens et visiter la région. On faisait le ménage dans les chambres, on recevait les clients… La charge de travail était très importante. Ça se passait pendant les nuits polaires, il y avait donc peu de lumière pendant la journée et les conditions météo étaient extrêmes. Malgré ces conditions, j’ai adoré le programme. Au mois de mars, direction soleil ! J’ai quitté le Canada pour vivre un mois en Californie. Je suivais des cours d’anglais à San Diego, dans l’école du Stafford House, pour des étudiants internationaux. J’avais des cours sur l’anglais des affaires et sur la gestion des crises. C’était très intéressant et mon professeur était super. Enfin, mon voyage devait se terminer en Nouvelle Zélande. J’avais prévu de passer deux à quatre mois avec mon copain pour travailler et voyager. Malheureusement la crise sanitaire du COVID 19 nous a empêché de terminer notre voyage. Dès notre arrivée en Nouvelle Zélande, nous avons était mis en quarantaine puis rapatriés en France quelques semaines plus tard. On a pu se promener un peu dans la ville d’Auckland et on a très envie d’y retourner. Peut-être pourrons-nous poursuivre notre projet l’été prochain…

Peux-tu nous donner quelques exemples de cette « évolution personnelle » dont tu parles ?

Cette expérience m’a apportée énormément. Je suis devenue beaucoup plus responsable et plus indépendante. Il fallait prendre sans cesse des initiatives sans hésiter, aller de l’avant sans se poser des questions. Par exemple, en Afrique du Sud, j’ai été confrontée à des challenges que jamais je n’aurai imaginé rencontrer. Il fallait apprendre sur le comportement des animaux, et très vite, car cela pouvait devenir dangereux.  Un jour, des babouins sauvages ont envahi notre cuisine car quelqu’un a oublié de fermer la fenêtre. Je me suis réveillée la première et j’ai découvert six babouins et d’autres singes en train de saccager la cuisine. Ils avaient cassé le micro-ondes. Tout était sens dessus dessous. Nos fruits et légumes étaient écrasés au sol. Sur le coup, j’ai un peu paniqué. Mais après coup, c’était plutôt marrant. Dès que d’autres personnes sont entrées dans la cuisine, les singes sont partis et on a bien rigolé.

Une autre fois, on dînait en dehors lorsqu’un éléphant sauvage s’est approché. Il fallait rester sans bouger. Mais un membre du groupe a pris une photo et le flash s’est activé. L’éléphant a eu peur et s’est énervé. C’était très impressionnant. La personne qui encadrait notre groupe a commencé à parler à l’éléphant pour le calmer et il a réussi à faire partir l’éléphant. C’était étonnant de voir comment on peut communiquer avec les animaux comme ça. 

Sur la réserve nous étions encadrés par des gardes forestiers mais il fallait être sur le qui-vive, être très adultes, ne pas penser qu’on était là pour s’amuser. Parfois on était confronté à des situations qui pouvaient empirer, il fallait être prêt à prendre des initiatives tout seul. Il ne fallait pas attendre qu’on nous dise quoi faire. On réfléchit vite et on agit. Avant, je n’avais pas cette habitude…

Pendant les deux mois en Inde, j’ai dû aussi prendre beaucoup d’initiatives. Nous travaillions avec des femmes et leurs enfants d’un ou deux ans qui n’étaient pas encore propres et qui ne portaient pas de couches. Nous étions là pour leur apprendre l’anglais et les éduquer à l’hygiène. La barrière de la langue et le fait qu’on ne connaissait pas ces enfants a rendu la tâche difficile au début. Mais j’ai vite appris comment utiliser le langage du corps et reconnaitre les besoins des enfants sans parler leur langue. Aujourd’hui je vais beaucoup plus facilement vers des gens. Je me pose moins de questions… J’ai pris de l’assurance et suis beaucoup moins timide.

Enfin, les programmes étaient tellement intenses qu’on n’avait pas trop le temps de se préoccuper des choses qui font généralement partie de notre quotidien. Le téléphone portable par exemple : on s’en servait très peu. On l’oubliait pendant la journée… On s’en servait pour envoyer des nouvelles à la famille et aux amis, pour prendre des photos…mais c’est tout !  

Suite à toutes ces expériences, perçois-tu les choses de la même façon ?

Pas du tout. J’ai l’impression d’avoir grandi tout d’un coup au cours de cette année. Mais surtout, j’ai réalisé que mes besoins en termes de confort, étaient finalement minimes. En Afrique du Sud, j’ai partagé une chambre avec des gens que je ne connaissais pas au début.  On devait se lever à 4 heures du matin tous les jours pour partir en expédition dès 6 heures. Les conditions du logement étaient très différentes de ce que je connaissais. On n’avait pas toujours de l’eau chaude voire pas d’eau tout court. Il y avait des orages qui nous ont laissés sans électricité et avec des coupures d’eau pendant un certain temps. Parfois en plein milieu de la douche, l’eau s’arrêtait et ça ne repartait pas. Au début, je pensais que cela allait être dur mais finalement pas du tout. On s’adapte très facilement. Si on m’avait raconté avant de partir en voyage que je risquais de vivre cela, je pense que j’aurai eu peur. Mais on passe outre. Ces conforts dont on pense ne pas pouvoir se passer…et bien finalement c’est tout à fait possible. Et quand on est face à tous ces défis, on vit des émotions très fortes. De coup, on crée des liens forts avec les autres… des amitiés pour toujours.

Justement, sur le plan relationnel, comment cela s’est-il passé ? Cela a été facile de se faire des amis ?

Et bien, j’ai noué des amitiés avec des gens avec lesquels je n’aurai jamais imaginé me lier en dehors du contexte. Je suis devenue très amie avec quelqu’un qui a deux fois mon âge et d’autres qui avaient peu en commun avec moi, mais tous m’ont énormément appris. On se rend compte qu’on a moins de barrières relationnelles quand on vit ce genre d’expérience. Avant de partir, dans mon quotidien, je m’intéressais aux gens avec qui j’avais des choses en commun. Mais pendant ces voyages, je me suis intéressée aux différences. Quand j’étais en Inde, on vivait avec des gens qui avaient tous une religion différente. Ils m’ont appris énormément sur les différentes croyances, les pratiques, les traditions. J’ai d’ailleurs décidé de devenir végétarienne suite à ces rencontres. 

Tu es très positive. Cependant, y a-t-il eu des moments problématiques lors de ces expériences ou des choix que tu aurais faites différemment ?

Il y a toujours des choses qui ne correspondent pas exactement aux attentes qu’on a. Mais pour moi, il n’y avait aucun problème et rien de négatif par rapport aux programmes que j’ai faits. Mes voyages faisaient partie d’un package que j’ai conçu avec l’organisme WEP.  Ils travaillent avec les organisateurs des programmes sur place. Ils proposent différents lieux, puis ils organisent les voyages et le logement. Parfois il y a des changements dans le programme. Il se peut qu’on arrive sur place et des plannings ont été modifiés par rapport à ce qui avait été prévu initialement. Mais cela ne m’a pas posé de problème. J’ai tellement aimé tout ce que j’ai fait ! Et de tout façon, j’étais limitée dans le temps. Je n’avais que quatre semaines à chaque endroit. Pas de temps à perdre pour se plaindre ou pour être déçue. Je m’adaptais à toute situation et j’en ai profité pleinement. Je n’aurai rien changé !

Aujourd’hui tu es rentrée depuis quelques semaines. Comment vois-tu l’avenir suite à ces expériences ?

Voyager a attisée ma curiosité et j’ai maintenant envie d’aller visiter d’autres pays et de continuer, dans la mesure du possible, à découvrir et à apprendre de cultures différentes de la mienne. Cette année de voyage m’a aidée à être plus sûre de mon choix, notamment d’aller étudier en Angleterre. Avant j’hésitais; j’étais stressée à l’idée d’aller vivre et étudier à l’étranger. Maintenant je ne doute plus et j’ai hâte d’emménager à Londres. Je vois cet emménagement comme une continuité, une suite logique à tout ce que j’ai vécu cette année. En effet, après ce voyage je pense que retourner à ma vie « normale » aurait pu être ennuyeux ou décevant alors que l’idée de partir à Londres est désormais mon moteur principal.

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